Conducteur face à un chemin bifurqué symbolisant la reconstruction après un fichage administratif
Publié le 18 avril 2024

En résumé :

  • L’effacement de votre nom du fichier AGIRA après 2 ans ne garantit pas une acceptation automatique ; les assureurs conservent des traces internes.
  • La clé est de construire un « dossier de réhabilitation » prouvant votre stabilité professionnelle et personnelle.
  • Privilégiez toujours un entretien en agence physique à une souscription en ligne pour humaniser votre profil et transformer l’agent en allié.
  • Expliquez votre passé avec une transparence proactive, en vous concentrant sur la résolution des problèmes plutôt que sur les problèmes eux-mêmes.
  • Utiliser le contrat de votre conjoint comme conducteur secondaire est une stratégie puissante pour reconstruire un historique positif à moindre coût.

La date est enfin arrivée. Les deux ans, ou parfois plus, de purgatoire assurantiel sont terminés. Votre nom devrait être effacé du fichier AGIRA (Association pour la Gestion des Informations sur le Risque en Assurance). Vous pensez logiquement pouvoir repartir sur des bases saines, frapper à la porte d’un assureur traditionnel et obtenir un contrat à un tarif normal. Pourtant, la porte reste fermée. Refus après refus, les mêmes réponses laconiques tombent, ravivant un sentiment d’injustice et d’impuissance. Vous avez purgé votre peine, alors pourquoi le système continue-t-il de vous rejeter ?

Face à ce mur, les conseils habituels consistent à se tourner vers des assureurs spécialisés aux primes exorbitantes ou à saisir le Bureau Central de Tarification (BCT) pour une couverture minimale. Ces options sont des bouées de sauvetage, pas des solutions pérennes. Elles vous maintiennent dans une catégorie « à risque » que vous cherchez désespérément à quitter. La frustration est d’autant plus grande que personne ne vous explique clairement la cause de ces refus persistants.

Mais si la véritable clé n’était pas dans l’effacement d’un fichier, mais dans la reconstruction active de votre « profil de confiance » ? L’amnistie légale n’efface pas la mémoire des systèmes internes des assureurs ni la méfiance naturelle d’un souscripteur. Pour redevenir un client désirable, il ne suffit pas d’attendre ; il faut agir. Vous devez vous armer d’une stratégie méthodique, considérer votre retour comme un projet de réhabilitation et non comme un droit acquis.

Cet article n’est pas une liste de solutions temporaires. C’est votre plan d’action opérationnel pour sortir de la spirale des refus. Nous allons décortiquer ensemble pourquoi l’effacement AGIRA ne suffit pas, comment transformer chaque trace de votre passé en preuve de votre fiabilité future, et quelles actions concrètes mener pour convaincre un assureur traditionnel de vous faire à nouveau confiance.

Pour naviguer efficacement à travers les étapes de votre réintégration, voici la feuille de route que nous allons suivre. Ce parcours est conçu pour vous donner les outils stratégiques à chaque phase clé du processus.

Pourquoi le fichage AGIRA vous bloque l’accès à 95% du marché pendant une durée incompressible de deux ans ?

Le fichier AGIRA est le cauchemar de tout conducteur ayant connu un accroc avec son assureur. Il ne s’agit pas d’une simple « liste noire », mais d’une base de données centralisée, consultée systématiquement par la quasi-totalité des compagnies d’assurance avant toute nouvelle souscription. Y figurer équivaut à porter une étiquette « profil à risque », ce qui déclenche un refus quasi automatique des acteurs traditionnels. L’impact est massif : ce ne sont pas quelques assureurs qui vous ferment la porte, mais bien l’immense majorité du marché. Votre pouvoir de négociation est réduit à néant, vous laissant à la merci des quelques acteurs spécialisés dans les profils « résiliés », qui appliquent des surprimes souvent dissuasives.

La durée de ce blocage n’est pas arbitraire. Elle est strictement encadrée par la loi et dépend du motif de la résiliation de votre précédent contrat. Comprendre ces délais est la première étape pour planifier votre retour. Il est crucial de savoir que, sauf exception, cette période est incompressible. Pendant ce temps, toute tentative de souscription auprès d’un assureur classique se soldera par un échec, car leurs systèmes automatisés détecteront immédiatement votre inscription au fichier.

Pour visualiser clairement ces échéances, le tableau suivant, basé sur une analyse comparative de la CNIL, détaille les durées de conservation des données dans le fichier AGIRA. Il est votre calendrier de sortie de crise.

Durées de conservation dans le fichier AGIRA selon le motif de résiliation
Motif de résiliation Durée de conservation Base légale
Résiliation pour non-paiement de prime 2 ans Article A.121-1 du Code des assurances
Résiliation pour déclaration inexacte du risque 2 ans Article A.121-1 du Code des assurances
Résiliation par l’assuré (volontaire) 2 ans Article A.121-1 du Code des assurances
Résiliation suite à un ou plusieurs sinistres 5 ans Article A.121-1 du Code des assurances
Non-paiement avec régularisation complète Effacement immédiat dès paiement Dispositions CNIL

Cette période de blocage, bien que frustrante, doit être vue comme une phase de transition. C’est le moment de mettre en place des solutions temporaires et, surtout, de commencer à préparer le terrain pour votre réintégration future. L’objectif est d’arriver au jour de l’effacement de votre nom non pas les mains vides, mais avec un dossier solide et une stratégie claire.

Il est donc impératif de ne pas subir cette période passivement, mais de l’utiliser à votre avantage pour préparer la suite.

Quelle solution d’urgence pour assurer votre véhicule quand vous êtes fiché à l’AGIRA pour dettes impayées ?

Être fiché à l’AGIRA et avoir l’obligation légale d’assurer son véhicule place le conducteur dans une situation complexe. Face aux refus systématiques des assureurs traditionnels, il existe une solution de dernier recours, un droit fondamental pour tout automobiliste : la saisine du Bureau Central de Tarification (BCT). Cet organisme paritaire a pour mission de forcer une compagnie d’assurance à vous couvrir, mais uniquement pour la garantie minimale obligatoire, c’est-à-dire la responsabilité civile. C’est une solution d’urgence, pas une solution de confort. Elle vous permet de rouler en toute légalité, mais ne couvrira aucun dommage sur votre propre véhicule en cas d’accident responsable.

La procédure pour saisir le BCT est stricte et doit être suivie à la lettre. Elle commence par le choix délibéré d’un assureur que vous souhaitez voir vous couvrir. Il faut ensuite suivre un cheminement administratif précis qui aboutira, si votre dossier est complet, à une décision du BCT fixant le montant de la prime que vous devrez payer. L’assureur désigné n’aura alors pas d’autre choix que d’accepter de vous assurer pour une durée d’un an.

Cette illustration met en balance les deux principales options pendant la période de fichage : le BCT, une solution minimale mais garantie, et les assureurs spécialisés, plus complets mais souvent très chers. Le choix dépend de votre besoin de couverture et de votre budget. Le BCT est la réponse si votre seul objectif est de pouvoir utiliser votre véhicule légalement, au coût le plus bas possible, en attendant la fin de votre fichage.

Voici les étapes détaillées pour mener à bien cette démarche, conformément à la procédure officielle de saisine du BCT :

  • Étape 1 : Choisir l’assureur que vous souhaitez solliciter et lui envoyer une demande de devis par lettre recommandée avec accusé de réception.
  • Étape 2 : Attendre 15 jours maximum. Passé ce délai sans réponse, le refus est considéré comme implicite.
  • Étape 3 : Télécharger et remplir le formulaire de saisine du BCT en deux exemplaires (un pour l’assureur, un pour le BCT).
  • Étape 4 : Constituer le dossier complet : formulaire BCT, preuve du refus (lettre ou expiration du délai de 15 jours), devis demandé, relevé d’information, copie du permis de conduire, copie de la carte grise.
  • Étape 5 : Envoyer le dossier par lettre recommandée au BCT (26 boulevard Haussmann, 75311 Paris Cedex 09).
  • Étape 6 : Attendre la décision du BCT sous 2 mois maximum. Le BCT fixe le montant de la prime et l’assureur désigné est obligé de vous couvrir pour la responsabilité civile.
  • Étape 7 : Confirmer votre accord au BCT par lettre recommandée, puis régler la prime annuelle à l’assureur désigné.

Pour mettre en œuvre cette bouée de sauvetage, il est essentiel de suivre scrupuleusement les étapes de la procédure de saisine du BCT.

Le BCT est donc votre droit, une porte de sortie temporaire qui vous assure de rester dans la légalité. C’est la première brique pour reconstruire votre parcours d’assuré.

À quel moment précis votre historique de poisse s’efface-t-il définitivement du fichier national des conducteurs ?

L’effacement de votre nom du fichier AGIRA est le jour J, le point de bascule théorique de votre statut d’assuré. Cet effacement intervient automatiquement à l’issue de la période de conservation légale (généralement 2 ans pour les impayés, 5 ans pour la sinistralité). Cependant, il est crucial de ne pas se fier uniquement au calendrier. Une erreur administrative est toujours possible. De plus, le fichier AGIRA n’est qu’une partie de votre « casier judiciaire » d’assuré. D’autres documents, comme votre relevé d’information et votre Relevé d’Information Intégral (RII) en préfecture, continuent de tracer votre historique. Pour préparer votre réintégration, vous devez devenir l’auditeur de votre propre profil.

Cette phase d’audit est la plus importante de votre stratégie. Avant même de contacter un nouvel assureur, vous devez savoir exactement ce que les compagnies verront lorsqu’elles analyseront votre dossier. Il s’agit de rassembler toutes les pièces du puzzle pour avoir une vision à 360 degrés de votre profil de risque. Ne laissez aucune place à la surprise. En demandant vous-même l’accès à ces fichiers, vous reprenez le contrôle de l’information. Vous saurez précisément quels sont vos points faibles et pourrez préparer un argumentaire pour les défendre.

Cette démarche proactive démontre votre sérieux et votre volonté de transparence. Elle vous permettra d’anticiper les questions des agents et de ne pas être pris au dépourvu. C’est le fondement de la reconstruction de la confiance.

Votre plan d’action pour auditer votre profil avant de postuler

  1. Demander votre droit d’accès au fichier AGIRA : Envoyez un courrier avec copie de votre pièce d’identité à l’AGIRA pour vérifier que vos données ont bien été effacées après le délai légal.
  2. Obtenir votre relevé d’information : Contactez votre ancien assureur par courrier recommandé pour recevoir ce document clé qui récapitule vos sinistres sur 5 ans et le motif de la résiliation.
  3. Solliciter votre Relevé d’Information Intégral (RII) : Adressez-vous à la préfecture de votre département pour obtenir ce document du Fichier National du Permis de Conduire listant vos infractions et votre solde de points.
  4. Analyser et croiser les informations : Confrontez les trois documents pour identifier les points noirs qui persistent (ex: le fichier AGIRA est vierge mais le relevé d’info mentionne toujours la résiliation).
  5. Préparer votre argumentaire : Sur la base de cette analyse, construisez une explication honnête et positive pour chaque point bloquant que vous avez identifié, en mettant en avant les actions correctrices que vous avez mises en place depuis.

En réalisant cet audit complet, vous passez d’une position de demandeur passif à celle d’un acteur stratégique qui maîtrise son propre dossier.

Pourquoi les compagnies traditionnelles continuent de vous refuser même après l’effacement légal de votre nom du fichier central ?

C’est la question la plus frustrante : votre nom est légalement effacé du fichier AGIRA, et pourtant, les refus continuent. La raison est double et se situe à la croisée de la technologie et de la psychologie humaine. Premièrement, l’effacement AGIRA ne signifie pas une amnésie totale du monde de l’assurance. De nombreuses compagnies maintiennent leurs propres bases de données internes, une sorte de « mémoire » maison où votre historique de résiliation peut rester consigné bien au-delà des délais légaux du fichier central. Leurs algorithmes de souscription, conçus pour être extrêmement prudents, peuvent donc toujours vous identifier comme un profil ayant posé problème par le passé.

Deuxièmement, et c’est le point fondamental, l’assurance est une mutualisation du risque. L’assureur évalue chaque nouveau client non pas comme un individu isolé, mais comme un élément qui peut potentiellement affecter l’équilibre financier de l’ensemble de ses assurés. Votre passé, même lointain, est perçu comme un indicateur statistique d’un risque futur potentiellement plus élevé.

Comme le symbolise cette image, vous faites face à un système opaque. Votre dossier est analysé par des algorithmes dont les critères de décision sont invisibles. Même si un critère (le fichage AGIRA) a disparu, d’autres signaux faibles (trou d’assurance, ancien assureur non conventionnel) peuvent déclencher une alerte. C’est pourquoi une simple souscription en ligne a toutes les chances d’échouer. La machine est programmée pour dire non au moindre doute. C’est une réalité économique que le Code des assurances encadre. Comme le précise une analyse de l’article L112-2 :

L’assureur peut refuser de couvrir les risques soit parce qu’ils n’entrent pas dans le cadre de son activité, soit parce qu’ils représentent un danger pour l’équilibre économique de l’opération d’assurance.

– Code des assurances, Article L112-2 alinéa 4

Votre mission est donc de prouver que vous ne représentez plus ce « danger ». Vous devez sortir de l’anonymat de l’analyse algorithmique et présenter des preuves tangibles de votre nouvelle fiabilité, des preuves qu’une machine ne sait pas interpréter.

Votre passé est un fait, mais votre présent et votre avenir sont des arguments puissants que vous devez apprendre à mettre en avant.

Comment utiliser votre nouveau relevé d’informations vierge pour prouver votre profil de bon père de famille au nouvel agent ?

Après la période de purgatoire, votre meilleur atout n’est pas ce qui a disparu (le fichage AGIRA), mais ce que vous avez construit depuis : la stabilité. Un assureur ne cherche pas un client parfait, mais un client fiable et prévisible. Votre objectif est de matérialiser cette fiabilité à travers un « dossier de réhabilitation ». Il ne s’agit pas de se contenter de fournir la carte grise et le permis de conduire, mais de présenter un ensemble de documents qui racontent une histoire : celle d’une personne qui a surmonté une difficulté et qui est désormais un partenaire de confiance.

Ce dossier doit être perçu comme un argumentaire, une démonstration proactive de votre bonne foi. Chaque document est une pièce à conviction qui vient contrer la méfiance naturelle de l’assureur. Votre relevé d’information, s’il montre une période sans sinistre (même en tant que conducteur secondaire ou assuré via le BCT), est un bon début. Mais il faut aller plus loin et prouver votre stabilité sur tous les plans : professionnel, résidentiel et même dans votre gestion d’autres contrats.

L’idée est de ne laisser aucune zone d’ombre. Vous anticipez les craintes de l’agent (Instabilité financière ? Manque de sérieux ?) et vous y répondez avec des preuves concrètes avant même qu’il n’ait à poser la question. Cette démarche transforme radicalement la perception de votre profil : vous n’êtes plus un « ancien résilié » qui subit, mais un candidat sérieux qui a préparé sa réintégration. Voici les documents essentiels à rassembler pour constituer ce dossier de stabilité :

  • Document 1 : Votre relevé d’information à jour. Présentez-le activement en expliquant votre historique de manière transparente, en insistant sur l’absence de sinistres récents.
  • Document 2 : Preuve de stabilité professionnelle. Une copie de votre contrat de travail en CDI ou vos dernières fiches de paie prouvent votre capacité à honorer vos cotisations.
  • Document 3 : Preuve de stabilité résidentielle. Vos dernières quittances de loyer ou un justificatif de propriété rassurent sur votre ancrage et votre fiabilité.
  • Document 4 : Attestations d’autres assurances. Montrez les attestations de vos contrats habitation ou santé gérés sans incident. Cela démontre que la résiliation passée était un accident de parcours.
  • Document 5 : Lettre de motivation manuscrite (optionnelle mais impactante). Une courte lettre expliquant factuellement votre situation passée et votre volonté de repartir sur de bonnes bases humanise votre dossier et marque les esprits.

En présentant un tel dossier, vous ne demandez pas une faveur, vous proposez un partenariat basé sur des preuves tangibles de votre retour à la normale.

Souscription en agence physique avec entretien vs parcours digital anonyme : quelle méthode rassure les décisionnaires ?

Face à un profil atypique, la pire stratégie est de se cacher derrière un formulaire en ligne. Les parcours digitaux sont optimisés pour les profils standards. Leurs algorithmes sont binaires : au moindre signal d’alerte (trou d’assurance, ancien assureur spécialisé), la réponse est « non ». Il n’y a pas de place pour le contexte, l’explication ou l’humain. C’est pourquoi votre meilleure chance de succès réside dans l’entretien en agence physique. C’est là que vous pouvez contourner la froideur de la machine et transformer un agent d’assurance en votre premier allié.

L’objectif de ce rendez-vous n’est pas simplement de déposer un dossier, mais de mener un véritable entretien de « recrutement ». Vous devez convaincre une personne, pas un algorithme. Votre préparation est donc essentielle. Il ne faut pas venir en victime se plaignant du système, mais en candidat proactif qui comprend les préoccupations de l’assureur et qui y répond avec assurance et transparence. L’agent en face de vous a un certain pouvoir discrétionnaire. S’il est convaincu de votre sérieux et de la solidité de votre dossier, il pourra le défendre en interne, ajouter une note positive et faire pencher la balance en votre faveur auprès du service de souscription.

Il s’agit de créer une relation de confiance. En adoptant une posture de transparence proactive, en posant des questions et en le sollicitant pour ses conseils, vous l’impliquez dans votre projet de réintégration. Il ne vous voit plus comme un simple numéro de dossier à risque, mais comme un client potentiel de bonne foi qui mérite une seconde chance. Voici le guide de préparation pour cet entretien décisif :

  • Préparation 1 : Anticiper les questions difficiles. Préparez des réponses honnêtes et positives sur votre résiliation, votre trou d’assurance ou vos sinistres passés. Entraînez-vous à les formuler.
  • Préparation 2 : Apporter un dossier complet. Ne venez pas les mains vides. Amenez votre « dossier de stabilité » complet (relevé d’info, justificatifs pro/résidentiel, autres contrats).
  • Préparation 3 : Adopter une posture de transparence proactive. Prenez les devants. Abordez vous-même les points négatifs en expliquant ce que vous avez fait pour corriger la situation.
  • Préparation 4 : Transformer l’agent en allié. Demandez-lui conseil : « Que puis-je faire pour maximiser mes chances ? » ou « Quelle formule me conseillez-vous ? ».
  • Préparation 5 : Ne pas accepter un refus sans explication. Si la réponse est négative, demandez poliment les raisons précises et les conditions qui pourraient rendre votre dossier acceptable à l’avenir.

En privilégiant le contact humain, vous donnez une voix et un visage à votre dossier, augmentant drastiquement vos chances de passer entre les mailles du filet algorithmique.

Le piège de mentir sur les raisons de votre ancien trou de couverture, ce qui réactivera immédiatement la suspicion de la compagnie

Face à la peur du refus, la tentation peut être grande de « maquiller » la vérité : minimiser la raison d’une résiliation, omettre un sinistre, ou inventer une raison noble à un trou d’assurance. C’est la pire erreur stratégique que vous puissiez commettre. Les assureurs disposent de multiples outils pour croiser les informations (fichier AGIRA, consultation de votre ancien relevé d’information). Toute incohérence ou fausse déclaration sera immanquablement découverte, soit lors de la souscription, soit, pire encore, au moment d’un sinistre. Les conséquences sont alors dramatiques : nullité du contrat, refus d’indemnisation, et obligation de rembourser les sommes déjà perçues.

Comme le stipule clairement une note sur l’article L113-8 du Code des assurances, la sanction est sans appel :

en cas de fausse déclaration intentionnelle, l’assureur peut refuser de couvrir un sinistre et vous obliger à rembourser les indemnités déjà versées.

– Code des assurances, Article L113-8 sur la fausse déclaration intentionnelle

La seule voie possible est la transparence proactive. Cela ne signifie pas étaler vos difficultés passées sans filtre, mais de les présenter vous-même, de manière factuelle et surtout, en mettant l’accent sur la résolution du problème. L’honnêteté, lorsqu’elle est bien cadrée, devient une preuve de maturité et de fiabilité. L’agent appréciera que vous preniez les devants plutôt que de le laisser découvrir les points négatifs par lui-même, ce qui briserait immédiatement la confiance.

L’enjeu est de contrôler le narratif. Au lieu de dire « J’ai eu des impayés », vous pouvez expliquer « J’ai traversé une période financière compliquée il y a deux ans, mais ma situation est aujourd’hui totalement stabilisée, comme le montrent mes fiches de paie. » Vous reconnaissez le passé, mais vous le ancrez fermement dans… le passé. Votre présent et les preuves que vous apportez sont le cœur de votre argumentaire. Voici un kit de formulations pour aborder ces sujets délicats avec honnêteté et stratégie :

  • Pour une résiliation pour impayés : « J’ai traversé une période financière compliquée il y a [X] ans qui a entraîné une résiliation. Aujourd’hui, ma situation est totalement stabilisée comme le prouvent mes justificatifs professionnels. »
  • Pour une résiliation pour sinistres : « Suite à plusieurs sinistres sur une courte période, mon ancien contrat a été résilié. J’ai depuis pris conscience de l’importance d’une conduite plus prudente et n’ai eu aucun accident depuis [durée]. »
  • Pour un trou d’assurance volontaire : « J’ai interrompu mon assurance pendant [durée] car je n’avais temporairement plus besoin de véhicule [raison : déménagement, etc.]. Je reprends désormais une activité nécessitant une couverture. »
  • Principe général : Toujours dire la vérité, mais la cadrer positivement en insistant sur ce qui a changé depuis. Concentrez-vous sur la solution, pas sur le problème.

Une honnêteté bien préparée est infiniment plus convaincante qu’un mensonge, même bien intentionné. C’est le socle de la nouvelle relation de confiance que vous cherchez à bâtir.

À retenir

  • L’effacement légal de votre nom du fichier AGIRA n’est pas une fin en soi, mais le début d’un processus de reconstruction de votre « profil de confiance ».
  • La transparence proactive est votre meilleur outil : présentez vous-même votre historique, mais en vous concentrant sur la résolution des problèmes et votre stabilité actuelle.
  • La réussite de votre réintégration dépend de votre capacité à passer d’un statut de demandeur passif à celui d’un acteur stratégique qui bâtit un dossier de réhabilitation solide.

Comment utiliser le transfert ou le partage du bonus de votre conjoint pour diviser par deux la facture de votre retour à la normale ?

Pour un conducteur sortant d’une période de fichage, la double peine est fréquente : non seulement il peine à trouver un assureur, mais lorsqu’il y parvient, on lui applique un coefficient de bonus-malus de 1.00, comme un jeune conducteur, assorti d’une surprime conséquente. Il existe cependant une stratégie extrêmement efficace pour contourner cet obstacle et accélérer votre retour à la normale : la stratégie du conducteur secondaire. Cette approche en deux temps, si vous êtes en couple (marié ou pacsé), permet de reconstruire votre historique d’assuré en douceur et de bénéficier indirectement du bon profil de votre conjoint.

Cette méthode transforme une contrainte en opportunité. Au lieu de subir une surprime massive, vous utilisez une structure existante (le contrat de votre conjoint) pour vous refaire une virginité assurantielle à moindre coût. C’est une démarche qui demande de la patience, mais dont les bénéfices financiers et stratégiques sont immenses à moyen terme.

Étude de cas : La stratégie du conducteur secondaire pour une réhabilitation progressive

Cette approche, détaillée dans des analyses de profils à risque, se déroule en deux étapes. Étape 1 (Pendant le « purgatoire ») : Le conducteur fiché ou fraîchement effacé de l’AGIRA se déclare comme conducteur secondaire sur le contrat d’assurance automobile de son conjoint. Il peut ainsi conduire légalement le véhicule familial. Le coût de cette modification est généralement minime. Pendant un ou deux ans, il accumule un historique de conduite sans sinistre, ce qui est tracé par l’assureur. Étape 2 (Après la réhabilitation) : Fort de cet historique positif et de l’effacement de son fichage, le conducteur peut alors souscrire son propre contrat en tant que conducteur principal. Il présente à son nouvel assureur un relevé d’information attestant de deux ans sans sinistre en tant que conducteur secondaire. De nombreux assureurs acceptent alors de prendre en compte cet historique, et certains vont même jusqu’à transférer une partie, voire la totalité, du bonus du conjoint. Le résultat est une prime drastiquement réduite par rapport à ce qu’il aurait payé en partant de zéro.

Cette stratégie est la démonstration parfaite de l’approche que vous devez adopter : ne pas affronter le mur de front, mais trouver des chemins de traverse intelligents pour le contourner. Elle demande de la planification et de la coopération avec votre conjoint, mais elle transforme un profil « grillé » en un profil « reconstruit », parfaitement acceptable pour le marché traditionnel.

Prenez dès aujourd’hui les rênes de votre réintégration. En appliquant ce plan d’action avec méthode et persévérance, vous ne demanderez plus une assurance, vous la négocierez sur la base d’un profil de confiance que vous aurez vous-même rebâti, brique par brique.

Rédigé par Thomas Berthier, Thomas Berthier est juriste spécialisé en droit des assurances et fervent défenseur des droits des consommateurs face aux institutions financières. Diplômé d'un Master 2 en Droit des Contrats et d'un DU en Droit du Dommage Corporel, il excelle dans la rédaction de mises en demeure. Fort de 15 années d'exercice dans l'assistance juridique, il donne aux assurés les armes légales pour faire valoir leurs droits.